le_billet_d_yves_daoudalLa majorité du conseil municipal de Bordeaux a démissionné le 28 août, rendant ainsi nécessaire l’organisation d’élections anticipées, et les médias ont annoncé cela comme s’il s’agissait du jeu normal de la démocratie. Or le but est uniquement de permettre à Alain Juppé de retrouver immédiatement son fauteuil de maire, sans attendre les élections municipales qui auront lieu en 2008. Cette démission de pure complaisance est une indigne manipulation de la démocratie au service d’une satisfaction personnelle.

On se souvient qu’Alain Juppé avait été contraint de démissionner en 2004, suite à sa condamnation à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité dans l’affaire des emplois fictifs du RPR. Après les emplois fictifs, voici les démissions fictives.

Le Front national a décidé de réagir. Pour être plus précis : seul le Front national a décidé de ne pas laisser faire une telle magouille sans réagir. Jacques Colombier, chef de file du FN à Bordeaux et conseiller municipal, a introduit un recours pour excès de pouvoir auprès du tribunal administratif. Car le procédé est " non seulement immoral politiquement, il est illégal juridiquement ".Le recours vise l’arrêté préfectoral, qui a fixé les dates des 8 et 15 octobre, et rend par conséquent les élections effectives. Or, souligne Jacques Colombier, " la loi dit que la démission d’un tiers du conseil municipal provoque une nouvelle élection, en cas de paralysie de la gestion municipale, en raison de dysfonctionnements, de défiance de la majorité, d’empêchement du maire de gérer sa commune, pour des raisons d’éloignement par exemple ". Or aucun de ces cas ne correspond à la situation bordelaise.

Hier, le tribunal administratif a indiqué que le recours de Jacques Colombier était recevable, et qu’il passerait en audience le 26 septembre. C’est une importante victoire du Front national, et grâce au Front national une victoire de la morale politique.

Un autre magouilleur de la majorité vient de se livrer à une opération analogue : il s’agit du ministre Renaud Dutreil. Celui-ci démissionne de son mandat de conseiller général de Charly dans l’Aisne, parce qu’il sera candidat aux municipales de Reims. Au nom de la fédération FN de l’Aisne, Wallerand de Saint Just dénonce cette démission de " confort " et le mépris dans lequel le ministre, " digne émule du délinquant de droit commun Alain Juppé ", tient ses électeurs. La fédération est toutefois " satisfaite de voir ce personnage suffisant quitter le département et lui souhaite des échecs retentissants dans la Marne ". Mais elle proteste contre la précipitation du préfet qui ne laisse que trois semaines aux candidats pour faire campagne, ce qui favorise ceux qui vivent de la politique, en l’occurrence le candidat parisien de l’UMP, qui n’est autre qu’un collaborateur de Dutreil au ministère des PME…

Le billet d'Yves Daoudal - 8 septembre 2006